Malgré les obstacles, les agriculteurs bio roumains persévèrent (REPORTAGE)

STEFAN CEL MARE (Roumanie), 10 sept 2009 (AFP) – Malgré la crise et l’absence de subventions européennes, les agriculteurs bio roumains, qu’ils soient grands céréaliers comme Aurel Petrus ou petits maraîchers comme Mihai et Mariana Huzu, croient en l’avenir de leur mode de production.

“Le futur est biologique”, proclame un autocollant dans le bureau d’Aurel Petrus. Cet agriculteur de 49 ans du village de Stefan Cel Mare (100 km à l’est de Bucarest), est un des pionniers de l’agriculture biologique en Roumanie.

“J’ai commencé en 2000. Aujourd’hui, je supervise la culture de 1.300 hectares de blé, maïs, tournesol, soja, plantes médicinales, houblon et luzerne”, explique-t-il. Et les affaires marchent bien: deux millions de lei de chiffre d’affaires en 2008 (environ 500.000 euros) et un profit.

La plupart des récoltes sont exportées vers l’Allemagne et l’Autriche car la Roumanie manque d’usines de transformation certifiées.

M. Petrus loue les terres d’environ 500 personnes qui sont payées en argent ou avec une partie des récoltes. L’exploitation emploie à temps plein 18 personnes et de nombreux saisonniers.

“Le désherbage se fait manuellement. L’agriculture biologique permet d’employer davantage de personnel”, souligne-t-il.

“Sous Ceausescu, (l’ancien dictateur communiste), les fermes d’Etat avaient accès aux pesticides mais il n’y avait pas assez d’argent pour les coopératives de villages. Dans un sens, cela nous a aidés car la terre n’a pas reçu de produits chimiques durant des années”, relève-t-il.

En 2009, 240.000 hectares devraient être dédiées à la culture biologique en Roumanie, selon le ministère de l’Agriculture. Plus de 4.000 fermiers enregistrés en 2008 ont produit 261.000 tonnes de produits bio.

En Pologne, les surfaces cultivées en bio ont crû de 60%, à 470.000 hectares. Une croissance qui s’explique en partie par les subventions européennes plus élevées pour ce secteur.

Une manne dont ne bénéficient pas les agriculteurs roumains car leur ministère n’a pu établir un mécanisme pour les attribuer qui satisfasse Bruxelles.

“Le gouvernement roumain n’est pas vraiment intéressé par l’agriculture biologique et le public pense toujours à payer le moins cher possible pour l’alimentation”, déplore Aurel Petrus qui de son côté fabrique lui-même son pain bio.

Sans soutien de l’UE non plus, Mariana et Mihai Huzu, 38 et 41 ans, se sont lancés dans l’agriculture bio cette année. Sur la petite parcelle attenante à leur maison, dans le village de Plevna (60 km à l’est de Bucarest), ils cultivent tomates, “gogosari”, poivron rouge typique de Roumanie, aubergines, basilic. Ils ont eux mêmes construit une petite serre et utilisent leur âne pour labourer.

La société Ecolife bio, lancée par des Français, assure la distribution de leurs produits auprès des supermarchés mais aussi de particuliers qui viennent acheter directement les légumes deux fois par semaine au dépôt d’Ecolife bio à Bucarest.

“On a maintenant une centaine de clients fixes, des médecins, des familles avec enfants qui prennent conscience de l’importance de manger bio”, relate Gilles Caillaud, directeur d’Ecolife bio mais “c’est un parcours du combattant avec les supermarchés”, ajoute-t-il.

Pour Mihai et Marianna, cette activité leur permet de “vivre mieux” qu’avec leurs métiers antérieurs, elle dans un magasin de chaussures et lui dans la construction: “C’est beaucoup de travail mais on est plus heureux”.

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